Écrit par Claude Le Pen - Chroniqueur - Professeur d'économie, université Paris Dauphine.
L'annonce par le président de la République d'une universalisation de la protection complémentaire maladie d'ici à 2016 - sans obligation -est une mesure qui, si elle est mise en oeuvre, a une portée qui va bien au-delà de son but officiel (et louable !), de réduction des inégalités de santé.
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Quand la couverture complémentaire sera devenue universelle, qu'est-ce qui empêchera l'Etat de lui transférer des dépenses assurées par le régime obligatoire ? Rien ou presque ! Ces dix dernières années, la part des dépenses de santé financées par les organismes obligatoires a baissé d'un point au détriment des régimes complémentaires. Soit la bagatelle de 2,4 milliards d'euros par an ! Et c'est d'ailleurs parce que les complémentaires jouent un rôle de plus en plus important dans la couverture maladie des Français que leur universalisation est à l'ordre du jour. L'ironie, c'est que ces transferts, dont on ne voit pas comment ils ne s'accéléreraient pas dans l'avenir, pourraient parfaitement s'interpréter comme une forme de privatisation - partielle et limitée certes, mais bien réelle -de l'assurance maladie... En voulant faciliter l'accès aux soins, le Président ne va-t-il pas accélérer ce mouvement de privatisation du financement de la santé que la gauche dénonçait si férocement dans l'opposition ? A moins que, pour l'éviter et pour limiter les inégalités de couverture, le gouvernement ne choisisse de procéder à une quasi-nationalisation des complémentaires santé, à travers, par exemple, l'uniformisation des prestations et une stricte réglementation des contrats, créant ainsi une sorte d'Agirc-Arco de la santé. Mais ce sont alors les complémentaires qui ne seront pas contentes ! La boîte de Pandore ne demandait qu'à s'ouvrir. C'est fait !
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